L’Histoire

La première ascension de la Barre des Écrins a été réalisée le 25 juin 1864.

Au cours de cette journée particulière, une cordée internationale de 5 alpinistes menée par  Edward Whymper s’est hissée au sommet de la barre, après avoir bataillé pendant plusieurs heures dans le couloir qui portera ensuite le nom du leader de l’expédition.

Stitched Panorama

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Pour réussir l’ascension, le Britannique avait fait appel à des alpinistes anglais, Horace Walker et Adolphus Warburton Moore. Il s’était également entouré de deux grands guides alpins, le Chamoniard Michel Croz, ainsi que le Suisse Christian Almer.

Partis de la Grave, ils avaient réalisé la première traversé de la Brèche de la Meije, pour arriver à La Bérarde. Après avoir bivouaqué sur le glacier de Bonne Pierre autour d’un grand feu, les aiguilles de Bonne Pierre apparaissant à une « prodigieuse hauteur » au dessus d’eux, ils se mirent en route pour le col des Écrins. Après le passage du col, ils purent enfin prendre pied sur le glacier Blanc, avant de se lancer à l’assaut de la face nord, cherchant un passage entre l’arête orientale déchirée et les Séracs, la dernière pente inclinée faisant comme une muraille de glace et de pierre.

Ce fut Croz, force de la nature, qui se distingua lors de l’ascension du ressaut final, taillant à la hache – car le piolet n’existait pas encore – des marches dans la glace pour le reste de l’équipe. Après des heures de ce rude labeur, les ascensionnistes bifurquèrent pour atteindre l’arrête Est et progresser comme sur un fil au dessus d’à pics aériens. Enfin parvenus au sommet, ils purent contempler à loisir un panorama splendide sur toutes les Alpes et jusqu’à la Méditerranée, « qui embrasse un espace aussi vaste que l’Angleterre entière » selon Whymper.

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Mais l’heure avancée ne leur permettait nullement de s’éterniser, et la descente réserva son lot de péripéties. Christian Almer, le deuxième guide de la cordée, marqua les esprits en franchissant d’un bond une brèche profonde et large, se  rétablissant in extremis. Le « saut d’Almer » compte parmi les nombreux événements auxquels dut faire face la cordée entre le sommet, l’arrête et le Glacier Blanc, détaillés dans l’ouvrage escalades dans les Alpes d’Edward Whymper, qui fut également l’auteur de nombreuses gravures.

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La marche de descente du glacier fut rapide, et les cinq alpinistes parvinrent au Pré de madame Carle à la tombée de la nuit, se payant le luxe de terminer les provisions de lard et de tabac au cours d’un bivouac improvisé sur le chemin d’Ailefroide.

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 L’équipe: une cordée internationale pour un « 4000 »

000047AG-2 - portrait, peintre Calkin, included in Whymper’s lecture

Michel Croz
Le Chamoniard, « prince des guides »est respecté par ses pairs pour son courage et sa robustesse aussi bien que de par sa connaissance de la montagne. Pour Whymper, « quand il s’élevait au-dessus de la foule des hommes ordinaires, dans les circonstances qui exigeaient l’emploi de sa force prodigieuse et de la connaissance incomparable qu’il avait des glaces et des neiges, alors seulement on pouvait dire que Michel Croz se sentait complètement et réellement heureux ». Il trouvera une mort tragique lors de la descente du Cervin.

000704PS-2 - ditto – oval crop


Horace Walker
cet alpiniste britannique a grandi au milieu d’une famille d’alpinistes, à l’image de son père et de sa soeur, Lucy, qui sera la première femme à gravir le Cervin en 1871. L’expédition sur la Barre des Écrins en 1864 marque le début d’une série de premières, avec notamment l’ascension des Grandes Jorasses en 1868, la pointe Walker étant le point culminant du sommet.

 

 

 

000970PM-2 - portrait, 1864


Edward Whymper
Jeune graveur Londonien, il fait son apparition dans le massif du Dauphiné, alors particulièrement sauvage au début des années 1860. En réalisant l’ascension du Pelvoux en 1861, son regard se tourne vers la Barre des Écrins, se faisant la promesse de revenir gravir cette Barre d’aspect inaccessible. Parti de la Maurienne, il rassemble une équipe de 5 alpinistes qu’il retrouve à la Grave et à la Bérarde. La Barre des Ecrins est sa première réalisation majeure avant d’autres ascensions de légendes et d’explorations (Cervin, Groenland, Amérique du Sud).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 ©Alpine Club

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Christian Almer
Le Guide Suisse natif de l’Oberland Bernois participera à de nombreuses réalisations alpines avec Whymper et Croz, notamment à l’Eiger, aux Grandes Jorasses et à l’Aiguille Verte. « D’une force et d’une activité bien au dessus de la moyenne ordinaire », à l’origine berger, il a apprit à connaitre la montagne en chassant le chamois.

 

001516PA-2 - carte de visite


Adolphus Warburton Moore
Issu d’une famille de militaires, le britannique est le plus jeune membre de l’équipe. Après la Barre des Écrins, il réalisera de nombreuses premières principalement dans les Alpes avec Horace Walker, tels que le Piz Roseg ou l’éperon de la Brenva (massif du Mont Blanc). Moore a tenu un journal complet de ses ascensions, des Aiguilles de la Saussaz jusqu’aux Grandes Jorasses, publié sous le nom des « Alpes en 1864 ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jusqu’alors les sommets de l’Oisans étaient investis par les géomètres, mandatés de cartographier les reliefs pour le compte des ministres. Le but de l’ascension était alors humblement professionnel, et sa portée exclusivement scientifique.

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L’ampleur de la tache consistant à « stationner » le mont Pelvoux (3946m) n’avait pas rebuté le capitaine Adrien Durand qui réalisa la première ascension en 1828. Guidé par les locaux Liothard et Mathéoud, il pensait être parvenu au point le plus haut du massif, lorsqu’il remarqua qu’une barre d’aspect inaccessible le dépassait à quelques kilomètres. La « Pointe des Arsines », selon ses guides, « aussi appelée Barre des Écrins ».

L’ascension de 1865, résultant de l’esprit d’entreprise des alpinistes anglais et de l’expérience des guides avait permit de mettre en lumière ce sommet encore peu connu, et ouvrait la voie à de nombreuses tentatives qui allaient rythmer « l’époque héroïque » de l’alpinisme dans les Écrins.

Le sommet fut réalisé une seconde fois par les Français Henry, Tournier et Carrier en 1867, qui empruntèrent le même itinéraire, puis par William Auguste Coolidge, qui réalisa la directe de la face nord, traçant droit dans l’axe à partir de la rimaye. Personnage incontournable du massif, Coolidge, révérend de son état était un alpiniste particulièrement prolifique, ayant réalisé plus de 74 premières dans les Écrins. Les ascensions des Agneaux,du Râteau de la Meije (1873), des Bans (1878) et des Aiguilles d’Arves étant, entres autres, à mettre à son actif.

Si le versant nord et son glacier devenaient de plus en plus accessibles, la face sud de la Barre des Écrins constituait toujours un problème de taille: 1400 mètres d’une paroi abrupte, pratiquement verticale; un labyrinthe mélangeant contreforts rocheux et névés suspendus.

Pourtant, un jour de Septembre 1880, le très renommé Pierre Gaspard, natif de l’Oisans, tenta l’ascension au coté du grenoblois Henri Duhamel. Après une escalade raide au-dessus d’à pics, ils parvinrent au névé suspendu puis à l’arrête sommitale, avant de redescendre sur la Bérarde, réalisant du même coup ce qui deviendra la voie de la « traversée des Écrins ». Le versant sud était gravi.

 07 ECRINS  JRM

 

 

 

 

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